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Les fausses promesses des écolabels épinglées par une fondation hollandaise

May 8, 2018, 2:04 pm

Type: law

       




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La fondation néerlandaise Changing Market a passé au crible plusieurs écolabels dans les secteurs de la pêche, de l’huile de palme et du textile. Le constat est alarmant: dans un rapport publié la semaine dernière, les activistes en dénoncent l’inefficacité et le manque de transparence.


 

Les labels "écolos" sont de plus en plus nombreux mais perdent en crédibilité. C’est ce que démontre le rapport publié jeudi dernier par la Fondation néerlandaise Changing Markets. Intitulé "La Fausse promesse de la certification"il se focalise sur les secteurs de la pêche, de l’huile de palme et du textile.

 

Pêche: un manque de transparence 

Du côté de la pêche, en 2015, 4% de la production mondiale de produits de la mer était certifiée, en majorité par le Friend of the Sea (FOS) et le Marine Stewardship Council (MSC).

Créé en 1997 par le WWF et Unilever, le MSC est une organisation visant à  préserver la durabilité des stocks de poissons et des écosystèmes marins en promouvant des pratiques de pêche durable. En France, on le retrouve notamment sur les boîtes de thon de la marque Petit Navire. Mais ce label est décrié par la fondation pour certifier comme "durables" de nombreuses pêcheries utilisant des méthodes non-recommandées et se plaçant même parfois "en contradiction avec la législation nationale".





Le rapport souligne également qu'il a été constaté que le MSC certifiait des pêcheries selon une approche dite "compartimenté": 

"Ceci signifie qu’un navire et son équipage peuvent utiliser leurs filets pour capturer le thon "de manière durable" (ayant reçu la certification MSC), puis – le même jour et en utilisant les mêmes équipements - transporter le thon avec des espèces protégées: une pratique qui n’est pas durable et donc non certifiée", précise Changing Markets. 

De son côté, FOS ne bénéficie d'aucun soutient tant dans la communauté scientifique qu'au sein des ONG, "à cause de son manque de transparence".

Huile de palme: pas de réduction de la déforestation

La situation est tout aussi alarmante en ce qui concerne l'huile de palme. La production de cette huile très consommée, et présente dans la moitié des produits vendus en supermarché selon Amnesty International, a accentué le processus de déforestation dans les zones tropicales, sans qu'aucun label ne parviennent à ralentir le phénomène.

La Table ronde sur l’huile de palme durable (Roundtable on Sustainable Palm Oil / RSPO), certifie pourtant aujourd’hui 2,6 millions d’hectares, soit environ 19 % de la production mondiale d’huile de palme (RSPO, 2017). Fondé en 2004, c'est le plus important régime de certification de l'huile de palme dans le monde. Mais il présente "plusieurs lacunes", "n'a pas empêché les violations des droits humains" et "ne nécessite pas de réduction des émissions de gaz à effets de serre", pointe le rapport.

La fondation a étudié au moins cinq autres labels: International sustainability and carbon certification (ISCC), Roundtable on sustainable biomaterials (RSB), Rainforest Alliance (RA), Malaysian sustainable palm oil (MSPO) et son pendant indonésien, l’Indonesian sustainable palm oil (ISPO). Mais tous ont des "problèmes de cohérence" et de "traçabilité". Face à ces échecs, les auteurs du rapport recommandent de changer de stratégie, au profit d’une baisse de la demande mondiale, en particulier pour le marché des agro-carburants.





Textile: pas de "durabilité" tout au long de la chaîne d'approvisionnement

Dans le secteur du textile, il existe plus de 100 labels référencés dans l’Écolabel Index. Mais les zones de fabrication et de transformation des textiles se situent principalement dans les pays à salaires très bas et à faible réglementation environnementale. Dès lors, aucun label, selon le rapport, ne garantit une durabilité tout au long de la chaîne d'approvisionnement.

Même l’écolabel européen, qui privilégie pourtant une approche sur l’ensemble du cycle de vie du textile, n'est pas totalement fiable. Il ne prendrait pas assez en compte "les indicateurs de pollution de l’eau" lors de la fabrication des fibres de viscose (fibre de fabrication synthétique).

Et le coton?

En ce qui concerne le coton, Changing Market a constaté que l’Initiative Better Cotton (IBC), qui permet l'utilisation de produits chimiques toxiques et de semences génétiquement modifiées, s’est développé aux dépens du coton biologique.

De fait, "la certification environnementale ne pourra jouer un rôle dans la transition écologique sans de sérieuses réformes", concluent les auteurs. Selon eux, la majorité des labels dans les trois secteurs examinés devraient être "abolis" en raison des "confusions" auxquelles ils conduisent. Ils demandent également à ce que les certifications prennent en considération l'ensemble de la chaîne de fabrication d'un produit. 


Source: BFMtv