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Shoah: Israël accuse la Pologne de vouloir «changer l'histoire»

January 31, 2018, 8:40 pm

Type: history

       




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Vives tensions entre les deux pays au lendemain du vote par la chambre basse du Parlement d'une loi qui sanctionne l'emploi du terme «camps de la mort polonais».

D'un correspondant à Jérusalem

Un méchant coup de froid souffle sur la relation entre Israël et la Pologne depuis l'adoption, vendredi, par la Diète, d'un projet de loi visant à pénaliser l'acte d'imputer à la nation polonaise des crimes commis contre les Juifs, sur son territoire, durant la seconde guerre mondiale. Le texte, qui doit encore être approuvé par le Sénat et ratifié par le président, bannit en particulier l'évocation de «camps de la mort polonais» et réprime le fait de «réduire délibérément la responsabilité des véritables responsables de ces crimes». Le premier ministre israélien a vigoureusement réagi samedi soir en sommant son ambassadeur à Varsovie de solliciter sans attendre un rendez-vous avec son homologue, Mateusz Morawiecki. «Cette loi n'a aucun sens, a dénoncé Benyamin Nétanyahou, et je m'y oppose fermement. L'Histoire ne peut être modifiée et nul n'a le droit de nier l'Holocauste.»

Le chef du parti centriste Yaïr Lapid, dont le père fut un survivant de la Shoah, a été le premier responsable israélien à réagir samedi sur Twitter. «Je condamne fermement cette nouvelle loi qui tente de nier la complicité polonaise dans l'Holocauste. Celui-ci a été conçu en Allemagne mais des centaines de milliers de Juifs y ont été tués sans avoir jamais rencontré un soldat allemand», a-t-il dénoncé, avant d'affirmer: «Il y a eu des camps de la mort polonais et aucune loi ne peut rien y changer.» L'ambassade de Pologne à Tel Aviv a aussitôt répliqué sur son compte Twitter: «Vos affirmations sont insupportables et montrent à quel point il est nécessaire de renforcer l'enseignement de l'Holocauste, y compris ici en Israël». Elle a aussi précisé: «l'intention de ce projet de loi n'est pas d'effacer le passé mais de protéger la vérité face à de telles calomnies.»





Le gouvernement de Mateusz Morawiecki affirme vouloir réparer ce qu'il présente comme une injustice historique en combattant les «mensonges» énoncé sur le rôle du peuple polonais durant la seconde guerre mondiale. «Chaque jour, dans le monde entier, l'expression «camp de la mort polonais» est utilisée - ce qui revient à attribuer aux Polonais les crimes de l'Allemagne nazie», a plaidé vendredi le ministre adjoint de la Justice, Patryk Jaki. En août dernier, l'ambassadeur polonais auprès d'Israël avait décrit dans les colonnes du journal Haaretz le projet de loi en gestation comme «un outil dans la bataille mondiale contre la négation de l'Holocauste». Mais les détracteurs de ce texte, en particulier en Israël, soulignent qu'il fait peu de cas des pogromes meurtriers commis par des Polonais et documentés depuis lors par les historiens. Ils soupçonnent le gouvernement conservateur nationaliste de chercher en réalité à réécrire l'histoire.

Relation privilégiée

Cette controverse résonne comme une fausse note alors que le gouvernement israélien cultive depuis plusieurs années une relation privilégiée avec la Pologne ainsi qu'avec plusieurs autres pays d'Europe de l'Est. Fin décembre, alors qu'une majorité de l'assemblée générale des Nations-Unies approuvait une résolution condamnant la reconnaissance, par Donald Trump, de Jérusalem comme capitale d'Israël, les autorités polonaises ont choisi de s'abstenir. La Hongrie, la République tchèque, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et la Roumanie ont fait de même. Les diplomates israéliens y vont vu un fruit encourageant de leur stratégie visant à diversifier leurs soutiens en misant sur les lignes de failles qui divisent l'Europe.

Le vote de la chambre basse a été d'autant plus mal reçu qu'il est intervenu à la veille de la journée commémorant le souvenir de la Shoah. Dans son édition de dimanche, le quotidien Yedioth Ahronoth consacre ses deux premières pages aux témoignages de six survivants de l'Holocauste qui se trouvaient en Pologne durant la seconde guerre mondiale, sous le titre: «Voici ce que les Polonais m'ont fait». Les condamnations se sont multipliées de tous côtés, y compris parmi les députés arabes de la Knesset. Ayman Odeh, chef de file la Liste arabe unie, a ainsi affirmé: «La décision du gouvernement polonais est honteuse et dangereuse. La négation de l'Holocauste nous rappelle les heures les plus sombres de l'histoire, et seule une reconnaissance profonde des injustices du passé nous garantit que la valeur de la vie humaine sera respectée à l'avenir».

«Une distorsion de l'histoire »

Communiqué du mémorial Yad Vashem

Dans un communiqué publié samedi, le mémorial Yad Vashem a estimé que la nouvelle loi «obscurcit la vérité historique en ce qui concerne l'aide apportée aux Allemands par les communautés polonaises durant l'Holocauste». «Yad Vashem continue de soutenir la recherche dans ses efforts pour révéler la vérité complexe sur le traitement des Juifs par les populations polonaises pendant cette période», ajoutent les auteurs du texte, tout en reconnaissant que le gouvernement de Mateusz Morawiecki a raison de contester la notion de «camps de la mort polonais». «Il ne fait pas de doute que ce terme constitue une distorsion de l'histoire», affirme Yad Vashem, avant de rappeler: «les camps de la mort ont été créé en Pologne sous l'occupation nazie, avec l'intention d'assassiner les Juifs dans le cadre de la solution finale». Le président polonais Andrzej Duda a promis dimanche d'examiner des passages de la loi.


Source: Lefigaro.fr